Sorcellerie africaine – Article 1936

Ce qui suit est la transcription d’un article parue dans la revue « Le Monde Illustré » du 9 mai 1936.

Il est livré comme une ressource historique intéressante à recontextualiser (… une époque révolue et c’est tant mieux !).

Je précise que je ne souscris aucunement à la prose paternaliste du journaliste et que je désapprouve totalement ce ton condescendant et colonialiste. Je respecte cependant à la lettre l’article original et j’invite les lecteurs à dépasser l’agacement légitime de la lecture pour ne s’attacher qu’à la relation ésotérique et opérationnelle.

Je vous invite à faire attention aux points suivants  :

  • L’accessibilité ésotérique s’est estompées du cadre social usuel sous l’effet de la colonisation
  • La vraie sorcellerie africaine s’est cachée
  • La sorcellerie africaine authentique n’a pas disparu
  • Les opérations magiques fonctionnent
  • Le charlatanisme envahit le devant de la scène
  • Les choses sont édulcorées
  • Les points communs dans les façons de faire avec la sorcellerie traditionnelle européenne
  • Garder en mémoire que cet article date de 1936 et que les tendances alors amorcées se sont renforcées et confirmées
  • Les vrais maitres sont cachés et les escrocs accessibles
  • Les choses essaiment

Sorcellerie nègre

La guerre italo-éthiopienne, des expéditions récentes au cœur de l’Afrique nous ont apporté une nouvelle preuve de l’existence toujours prospère des sorciers nègres.

L’âme enfantine des peuples noirs est avide de miraculeux et de tout ce qui, à première vue est en dehors de la vie quotidienne. Il n’est donc point anormal que la sorcellerie soit encore pour eux la meilleure des religions , c’est à dire dans leur idée primitive, la force la plus adéquate à les défendre et à faire mourir leurs ennemis.

Ces deux qualités de protection et de vengeance sont les bases de la domination du sorcier.

N’est pas sorcier qui veut.

Si chaque village possède un ou même deux sorciers, aussi puissants, si ce n’est plus, que les chefs de tribu, il n’est point rare que ces sorciers détiennent leur autorité par hérédité.

Le secret de leur puissance se passe de père en fils verbalement.

Au cas où tel sorcier meurt sans postérité, sa place est, soit prise par le concurrent d’un village voisin, soit réservé par le chef de la tribu, à tel ou tel adolescent choisi comme le plus apte à remplir la fonction sacrée et qui ira faire son apprentissage magique chez le plus vieux sorcier de la région.

—-

On a beaucoup médit sur les sorciers nègres, on leur a tantôt attribué toutes les puissances, tantôt nié tout pouvoir.

Je crois qu’il y a une moyenne à faire.

Réceptacle des sciences magiques, naturelles et astrologiques qui furent florissantes bien avant les début de notre civilisation, aussi bien en Egypte, en Chaldée et dans tous les pays orientaux, la tradition magique noire s’est évidemment effritée peu à peu.

De prêtres, les sorciers nègres sont devenus souvent charlatans à mesure que la race tombaient en décadence et s’aveulissait.

En fait, ils ont commercialisé la sorcellerie.

Ils se sont fait guérisseurs ou jeteurs de sorts selon qu’ils avaient envie ou besoin de richesses. Mais pour garder leur prestige, ils n’ont eu garde de perdre le clinquant ou l’atmosphère qui pouvait agir, en leur faveur, sur des âmes simples.

La hutte d’un sorcier où d’ailleurs l’explorateur ne peut que rarement pénétrer, est toujours quelque peu à l’écart du village. Le plus souvent elle est à l’orée de la forêt, à la fourche de deux sentiers. Et ceci est très important, car la plupart des « cérémonies » se tiennent à l’intérieur d’un triangle, ce fameux triangle magique que l’on retrouve dans tous les manuels de magie et dont les deux côtés sont, ici, naturels, formés par les deux sentiers.

A l’intérieur de la hutte dorment les dieux de bois. Pêle-mêle gisent les ossements d’animaux, les plantes séchées : dans un recoin il n’est point rare des trouver des racines d’arbre bizarrement sculptées, essayant d’avoir des formes humaines : poupées sinistres qui servent aux envoûtements.

Ne souriez pas. L’envoûtement dont certains centres de magie, à Paris, font innocemment, heureusement d’ailleurs, leurs délices, est le privilège de la magie noire. Il s’opère par un soir sans lune, avec l’aide d’une vierge qui, guidée par la main du sorcier, égorgera sur l’autel des dieux maléfiques une poule noire ou quelque autre animal.

Ses effets en sont-il certains ?

Agape sorcier negre 1936
« Un sorcier accroupi devant ses fétiches et ses amulettes »

Timmy dans un reportage sur « la magie aux colonies » en cite plusieurs aux conséquences bizarres : maladie de langueur, fièvre, demi-folie.

Il faut tout de même avouer que le climat tropical crée souvent une hypertension des nerfs où la cause de ces maladies peut être cherchée.

A côté de ces envoûtements par poupées, les sorciers aiment à utiliser certaines pratiques pour causer, espèrent-ils, le plus grand mal à leur ennemis.

C’est le squelette desséché du crapaud que l’on place sous la pierre de l’âtre, le sang d’un coq noir, amalgamé à de la cendre de certaines plantes et dont le sorcier arrosera le champ de la victime ; de la poudre d’os et principalement d’os d’enfants nouveau-nés qu’un soir, en une crise de folie sanguinaire, la mère aura accepté de sacrifier au dieu de la tribu. Les cheveux et les poils humains jouent également un grand rôle dans la sorcellerie noire. Le sang  que vous aurez perdu d’une blessure et que le sorcier aurait pu recueillir sera une arme terrible contre vous.

Evidemment, toutes ces pratiques ont quelques peu disparu depuis les conquêtes et la colonisation des blancs.

Cependant, la sorcellerie n’a pas pour autant, accepté de disparaitre. Les sorciers ont subi la civilisation blanche mais fort de la curiosité qu’ils suscitaient, ont parfois provoqué, parmi leurs colonisateurs, un élan vers tout ce qui chez eux, semblait mystérieux. Des centres de sorcellerie nègre existent encore en Afrique et ne vous étonnez pas si je vous affirme qu’il en existe à Paris, groupés autour de deux ou trois sorciers noirs qui, après avoir été musiciens de jazz ou portiers, retrouvent une fois par semaine une assistance blanche aussi fanatique et exaltée que leurs anciens fidèles noirs.

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.